Dans l’écosystème startups, on ne parle plus que de ce site qui met en relation cordons bleus à domicile et gastronomes n’ayant ni le temps ni l’envie de passer derrière les fourneaux. Un réseau social de plus ? Certes, mais agrémenté d’un vrai service cette fois. Car Super Marmite n’a pas été créé pour discuter bons petits plats. Il permet aux uns d’arrondir leurs
fins de mois en cuisinant et aux autres de laisser tomber le Mac Do pour déguster le bœuf bourguignon de la voisine d’en face. Malin, non ? Interview du fondateur Olivier Desmoulin, rencontré à l’occasion de LeWeb’10.
Bonjour Olivier, qui es tu ? Un chef cuisinier geek ?
Pas vraiment… A l’origine, je suis un ingénieur développeur sorti de l’ESIEE (Ecole Supérieure d’Ingénieurs en Electronique et Electrotechnique). Mais il faut bien l’avouer, je n’étais pas très bon en développement. Ce qui m’a amené à me réorienter vers le design de produits et services innovants. En parallèle de Super Marmite, c’est ce que je fais depuis 3 ans au sein de l’agence af83 : concevoir de nouveaux services et plateformes web ou mobiles apportant de nouveaux usages.
Comment t’est venue l’idée de Super Marmite ?
Tout est arrivé un soir où je sortais tard du travail avec le ventre creux, mais avec un frigo vide et sans la moindre envie de passer ma soirée à cuisiner. J’aurais pu faire comme d’habitude, aller au McDo ou prendre un kebab, mais j’ai ressenti l’envie de quelque chose de plus sain. Cette histoire des 5 fruits et légumes par jour commençait à me trotter dans la tête. Sans parler de ma mère qui s’inquiète régulièrement de savoir si je mange autre chose que des cochonneries.
Il y a toujours la solution du traiteur japonais mais j’avais envie de nouveauté, de surprise. C’est comme ça que j’ai commencé à saliver sur tous les bons petits plats que les personnes de mon quartier devaient être en train de cuisiner. Je me suis fait la réflexion que je leur en achèterais bien une part pour la déguster tranquillement chez moi.
C’est suite à cette fameuse soirée qu’on en est venu à réfléchir à Super Marmite avec deux amis et associés : Cyril Mougel, développeur ruby et Marc Chataigner, en charge du community management. On a lancé un MVP (minimum viable product) en septembre dernier afin d’avoir le plus de feedback possible des utilisateurs potentiels.
En une phrase, quelle est la promesse de ce site ?
Mettre en relation les gastronomes pressés affamés et les cordons bleus qui cuisinent à proximité. Nous sommes le réseau social des amateurs de cuisine.
Et la cible ? Des jeunes cadres dynamiques qui ne savent pas se faire cuire un œuf ?
En communiquant le plus possible avec la communauté que nous sommes en train d’essayer de construire, je constate que mon profil personnel les représente bien : des jeunes, urbains, débordés, qui en ont assez de voir leurs choix alimentaires guidés par leurs contraintes professionnelles mais qui ne sont pas prêts pour autant à passer beaucoup de temps en cuisine.
Coté cuisiniers, on vise bien sur des gens qui vivent cette activité comme une passion et qui ont le désir de la faire partager aux autres. Il y a aussi les mères de familles nombreuses qui se disent que lorsqu’on prépare à manger pour sept personnes on n’en est plus à un ou deux près. C’est un réflexe très courant dans les cultures indiennes, africaines et maghrébines. Enfin, il y a ceux qui rêvent d’en vivre et qui trouvent là un moyen de se faire la main via notre site.
La question qui fâche : sans tomber dans la parano, les gens ne risquent-ils pas d’avoir une crainte à consommer ainsi des plats préparés par des inconnus ?
Pour rassurer les membres et briser la glace, nous avons créé un système de wall qui permet aux deux parties de communiquer entre elles sur leur transaction à venir. C’est une fonctionnalité que nous n’avions pas prévu lors du lancement mais qui s’est imposée au bout de deux semaines car les gens nous ont fait comprendre qu’ils avaient besoin d’un contact « réel » avant d’envisager d’acheter un plat. Pour se rassurer, ils peuvent aussi s’appuyer sur les notes et commentaires de ceux qui ont déjà commandé.
L’autre type de crainte peut concerner les cuisiniers susceptibles d’être réticents à laisser entrer des inconnus chez eux. Là encore, rien n’est imposé. Ceux qui préfèrent peuvent tout à fait proposer d’effectuer la transaction en bas de leur immeuble voire dans un endroit public. Même si, étant donné le caractère très communautaire de Super Marmite, la plupart optent pour un rendez-vous directement à leur domicile.
Est-ce un service 100% inédit ou avez-vous des concurrents ?
Il existe en France un service approchant qui s’est d’ailleurs lancé avant le nôtre mais que je n’ai découvert qu’après coup. Il s’agit de DineDong. Mais alors que ce site propose avant tout de vous trouver des cuisiniers pour préparer un repas à votre place lors d’un évènement particulier, Super Marmite joue davantage la carte du temps réel autour de l’envie de commander un plat à l’improviste.
Autre concept à la périphérie du nôtre : la cuisine à domicile. Par exemple Les diners d’Eloise et Chefadomicile où un cuisinier prépare un repas gastronomique dans votre cuisine avec les ingrédients qu’il aura sélectionnés spécialement pour votre réception. Cela reste quand même une expérience très différente.
What’s next ? Un service de livraison intégré ?
Je n’en suis pas du tout certain car cela enlèverait le coté social très fort de l’expérience Super Marmite. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un site de rencontres, mais cet aspect est vraiment apprécié de nos utilisateurs. Aussi bien pour les cuisiniers que pour leurs clients. On pense notamment aux personnes âgées enchantées de faire gouter leurs bons plats à des petits jeunes de leur quartier. C’est pour cela que l’on ne veut absolument pas jouer la carte du service réservé aux bobos parisiens. On se place plus dans la mouvance des amap permettant à des citadins d’acheter en direct leurs récoltes à des agriculteurs. Il y a sans doute une complémentarité à envisager dans cette direction.
Le modèle économique ?
Comme le site en est au stade de la construction de la communauté, tout est gratuit pour l’instant. Nous ne sommes pas encore totalement fixés sur la monétisation, mais elle pourrait reposer sur le modèle freemium : des petites annonces gratuites et un abonnement premium permettant de profiter de services associés. Par exemple des deals liés à la cuisine, une mise en avant des cuisiniers abonnés, etc.
Nous envisageons également de la pub ciblée autour de la gastronomie.
Les moyens financiers à votre disposition?
Ils ont été inexistants jusqu’à ce jour. Mais après pas mal de nuits blanches et de week-ends passés à plancher sur le projet, nous entrons dans une logique de levée de fonds. Dans la mesure où c’est en cours, je préfère ne pas communiquer de montant.
Le principal challenge des débuts ?
Etre à l’écoute permanente de notre communauté grandissante, répondre à toutes ses questions quasi immédiatement. Tout à coup, on s’est retrouvé à devoir traiter des dizaines de mails sans avoir eu le temps de réfléchir en amont aux réponses adéquates. C’est un élément essentiel de notre réussite mais ce n’est pas toujours facile de s’y tenir lorsque l’on a mille autres choses à faire en parallèle.
Un chiffre clé…
5500
C’est le nombre de membres de Super Marmite après seulement 5 mois d’existence.
La bonne surprise des premiers mois ?
Le buzz né autour de Super Marmite grâce à des sites comme Techcrunch et MyLittleParis qui ont très vite parlé de nous en termes très sympa. Et le rêve a continué avec notre présence à LeWeb10 (voir la vidéo ici) alors que notre projet nous semblait encore très expérimental.
Et la mauvaise…
Peut-être la charge de travail qui s’est abattue sur nous le jour où nous sommes passés en production. Nous pensions un peu naïvement que le plus dur serait la conception.
Mais c’est ce qui est passionnant dans l’aventure de la création d’une startup. On anticipe certains problèmes qui ne se poseront jamais, tandis que d’autres nous tombent dessus alors qu’on ne les a pas envisagés.
Les ambitions de Super Marmite à plus long terme ?
Nous aimerions avoir un site avec des gros points de densité en France et à l’étranger. Pour atteindre cela, il faudra que les gens aient le réflexe Super Marmite comme ils ont aujourd’hui celui d’aller au fast food du coin ou de commander des sushis. On en est loin bien sûr, mais tout est possible… Par exemple, nous avons récemment rencontré une chinoise qui voudrait nous aider à proposer notre service à Shanghai.
Le conseil entrepreneurial que tu aurais aimé recevoir avant de te lancer ?
Comme on dit, c’est une très bonne question… Il y en a plein en fait, car les choses sont allées si vite que je me suis retrouvé entrepreneur avant d’avoir eu le temps d’y réfléchir vraiment.
Même si je vais être en contradiction avec ceux qui disent qu’il sera toujours assez tôt pour penser au business plan après avoir lancé son site, si cela était à refaire, je crois que je réfléchirais à cet aspect financier un peu plus en amont. Il y a un compromis à trouver entre celui qui envisage sa boite uniquement par le biais du compte d’exploitation et celui qui ne sait même pas ce que ce mot signifie.
Cela étant, que l’on soigne ou non son business plan, il est indispensable de se confronter très vite à la réalité en proposant son service à ses utilisateurs.
A mon humble avis… Simple, mais il fallait y penser. C’est la première réflexion qui me vient à l’esprit à propos de Super Marmite. Ce qui est plutôt bon signe, non ? En tout cas, je m’imagine tout à fait bouder ma commande Pizza Hut pour tester le filet mignon dont je devine parfois l’odeur dans ma cage d’escalier. Autre point positif : le site. Je le trouve très intuitif, notamment grâce à Google map.
Peut être parce que je me retrouve davantage dans le profil du gastronome que dans celui du marmiton, j’ai quand même un doute : le concept parviendra-t-il à rassembler suffisamment de personnes prêtes à cuisiner pour les autres ? Pour que la sauce prenne (jeu de mots brillant), il va en falloir des cuisiniers… L’aspect financier va certes jouer, mais étant donné le peu de mixité sociale dans les grandes villes, Super Marmite ne risque-t-il pas d’être confronté à une offre ne rencontrant pas sa demande et réciproquement. Qui va proposer ses bons petits plats aux jeunes cadres dynamiques de Saint Germain des Prés rentrant chez eux à 21H30 ? A moins que je ne me trompe totalement sur la force de cette idée communautaire… A moins qu’à l’heure du « Diner presque parfait », l’envie de faire gouter sa cuisine aux autres arrive à point nommé pour permettre à Super Marmite de cartonner ? Je vous laisse digérer (autre jeu de mots brillant, je suis en pleine forme moi) mon humble avis et je bous (non, c’en est trop, j’arrête…) d’impatience de lire le vôtre.




Desmoulin
1 février 2011 at 23:22
Bonjour,
merci pour le post. Je suis Olivier de l’équipe Super Marmite. La question de l’offre et de la demande est évidemment essentielle. Aujourd’hui, nous voyons l’offre se densifier progressivement et aussi se diversifier. La carte des repas est aussi assez variée et nous laisse penser que la communauté Super Marmite n’est pas restreinte à telle ou telle classe sociale, mais qu’au contraire la passion pour la cuisine trouve sa place chez beaucoup de personnes différentes.
à une prochaine,
Olivier
David
6 mars 2011 at 15:19
Quelques commentaires en vrac (et pas spécifiques à SuperMarmite) :
) à de jeunes entrepreneurs de se lancer dans la belle aventure de la création d’entreprise.
1) d’abord merci à la technologie et au web, qui permet (moyennant quelques cernes
2) attention au(x) revers de la médaille néanmoins, et notamment au grand piège de l’auto-marketing : j’aime, mes amis / mon entourage aussi donc il y a peut-être une idée de business. La facilité de mise en oeuvre ne doit pas faire oublier une étape forcément nécessaire d’évaluation de besoin et de quantification du marché (une bonne vieille étude de marché quoi !) : il y a plus d’auditeurs de NRJ que de France Culture, TF1 est plus regardé qu’Arte (avec qui plus est un business-model qu’on peut qualifier d’atypique), donc ce qui s’apparaît sympa ou séduisant n’est pas forcément là où se situe le besoin du marché.
C’est le juste équilibre à trouver entre les excès de la business-modelisation coupée de la réalité et un autre extrême, le lancement su l’excitation du lancement sans se poser
- à l’absence de quantification. C’est bien de se lancer du jour au lendemain, c’est dommage si l’idée ne perdure pas
Emmanuel
17 avril 2011 at 16:42
Félicitations à cette jeune équipe dynamique et particulièrement à Cyril avec qui j’ai papoté lors de la conf MongoDB France… un des secrets de supermartmite