Grâce à Balloon, finies les conférences durant lesquelles seules deux ou trois personnes du public osent prendre le micro. La solution technique développée par cette startup parisienne permet à chacun de poser sa question facilement, au moment où il le désire et sans perturber les interventions des speakers. Il suffit pour cela de le faire par écrit en se connectant à l’évènement via SMS, web, email ou Twitter. Les questions sont ensuite affichées sur écran par l’organisateur selon les modalités de son choix (en direct ou après modération). Bref, un outil un peu compliqué à décrire mais finalement tout simple à utiliser. Co-fondateur de Balloon, Andreï Vestemeanu nous en dit plus sur le potentiel de ce concept.
Bonjour Andreï, peux-tu nous dire quelques mots sur toi et tes associés ?
A l’origine de cette aventure, il y a deux amis d’enfance : Romain David et moi même, Andreï Vestemeanu. Nous avons très vite été rejoints par Guillaume Potier, que j’ai rencontré à HEC lors de mes études.
Romain est responsable de la gestion comptable, financière et stratégique de Balloon. Diplômé d’Audencia Nantes, il a eu plusieurs expériences en Finance (notamment Ernst&Young) et est à l’origine de Votons.info (un comparateur de programmes politiques en ligne) et LeWebStudents.com (un site de mise en relation d’étudiants).
Guillaume est en charge de toute la partie technique. Il coordonne et supervise le développement des différents produits web et mobiles que nous commercialisons.
Titulaire d’un mastère HEC en Digital Business Management et Ingénieur des Mines de Saint Etienne, il a une forte expertise en gestion de projets informatiques et mobiles (CdP @DSI Louis Vuitton, Strat @Pixmania, Co-fondateur iMagyn).
Quant à moi, j’ai la responsabilité du marketing, de la communication et des relations commerciales de l’entreprise. Diplômé de HEC Paris (majeure Management et Nouvelles Technologies), ma première année d’expérience s’est déroulée au sein d’un cabinet de conseil new-yorkais spécialisé dans les technologies mobiles.
Une phrase pour définir la promesse de Balloon ?
Notre promesse consiste à développer l’interactivité dans les conférences, de manière à ce que le public tire le maximum de profit des interventions des speakers. Comparé aux séances classiques de questions / réponses durant lesquelles seule une petite minorité des spectateurs ose intervenir, Balloon génère en moyenne trois à quatre fois plus de questions.
Cette interactivité peut aussi s’exercer en permettant aux spectateurs de répondre en direct à des sondages ou de voter pour élire les questions qui leur semblent les plus pertinentes
Comment l’idée de Balloon est-elle née ?
La genèse remonte à septembre 2009, au tout début de notre dernière année d’études. Pour être honnête, l’idée est d’abord venue d’une envie de profiter de notre temps libre pour réaliser quelque chose de constructif . Ayant beaucoup fait la fête durant les trois premières années, nous nous sommes dits qu’il serait intéressant de passer à autre chose. Par exemple, en tentant une petite aventure entrepreneuriale.
Nous avons alors pensé à une sorte de Twitter géolocalisé sur toutes sortes d’évènements. On a testé le principe pour la campagne BDE de l’Ecole des Ponts et Chaussées et on a constaté que la mayonnaise prenait plutôt bien. Comme il est apparu que la valeur la plus évidente du concept était de pouvoir poser des questions aux intervenants, nous avons décidé de nous consacrer en priorité sur cet aspect. En mars 2010, on a pu valider l’intérêt de notre solution en réussissant à la placer sur deux évènements de L’Oréal et Canal plus.
Il y a eu ensuite une petite pause technique afin de passer nos examens de fin d’étude. Mais dès juillet, nous nous sommes attelés à renforcer la partie technique qui était un peu faible. C’est à partir de septembre 2010 que les choses sérieuses ont vraiment commencé avec l’université du Medef, puis le Digital Day de Cap Gemini, le Tech Crunch Remix, etc.
Quoi de neuf par rapport à ce qui existe déjà ?
Le service que nous rendons n’est pas totalement inédit, mais jusqu’à présent il passait surtout par les sms (par exemple MobileActif, ex Kinemo). Balloon y a rajouté la possibilité pour le public de poser ses questions via Twitter, le web et les emails. Par ailleurs, nous avons amélioré l’expérience utilisateur avec des fonctionnalités telles que le vote des participants, les sondages et les quizz (notamment pendant des sessions de formations).
Quel type d’entreprises ciblez-vous ?
En matière de typologie de clients, nous avons trois cibles prioritaires : les grandes entreprises (Total, TF1…), les associations organisant des évènements majeurs (le Medef, le Midem…) et les associations plus modestes pour lesquelles Internet est une composante essentielle (Startup Weekend, Start In Paris…) Il y a aussi les agences évènementielles susceptibles de proposer notre service à leurs propres clients.
Il nous semble que le potentiel le plus élevé se trouve dans les grands groupes qui ont tout à gagner à renforcer l’interactivité pendant leurs évènements.
Quels sont les besoins techniques requis pour utiliser Balloon?
Tant pour le modérateur que pour le public, l’outil est extrêmement simple d’utilisation. Il suffit d’un ordinateur connecté à internet relié à l’écran de la salle afin d’afficher les questions/réactions en temps réel. Plus bien sûr du réseau disponible dans la salle afin que le public puisse utiliser le service (SMS ou internet).
Comment Balloon s’intègre-t-il à des évènements déjà bien chargés ?
Le format le plus efficace consiste à consacrer 5 minutes régulièrement au cours de l’évènement afin de répondre à quelques questions. Le public comprend ainsi que le traitement est effectivement en temps réel, ce qui a pour effet de booster encore un peu plus sa participation.
Nous conseillons de laisser les questions affichées à l’écran durant toute la conférence, mais c’est bien sûr l’organisateur qui décide : il peut à tout moment afficher ou masquer le flux des questions.
Nous lui recommandons aussi de prendre le temps de répondre, après la conférence, à toutes les questions qui n’ont pas pu être abordées faute de temps. Cela peut se faire directement sur notre plateforme Balloon ou sur un site dédié.
La question qui fâche : quid des questions gênantes du public ? J’imagine que certaines entreprises doivent être réticentes à l’idée de les laisser apparaître à l’écran…
Nous partons du principe qu’il n’y a pas de questions gênantes et nous incitons donc fortement nos clients à ne rien censurer. Pour l’instant, la plupart joue le jeu de la transparence totale. Cela dit, c’est à eux de décider du filtrage à mettre ou non en place. En tant que prestataire d’une solution technique, cet aspect ne nous regarde pas vraiment.
Quel est le modèle économique ?
A ce jour, nous avons couvert une centaine d’évènements. La majorité a été réalisée via une prestation customisée comprenant l’accompagnement du client avant, pendant et après. C’est la solution privilégiée par les grosses entreprises qui préfèrent ce suivi et veulent disposer de notre expertise.
En parallèle, nous venons de lancer des offres clés en main accessibles depuis notre site (3 packs de 149, 590 et 1190 € HT). Le principe est très simple : le client choisit le Balloon qui lui correspond pour sa conférence, il paye en ligne et il est paré pour utiliser l’outil. Aujourd’hui, une trentaine d’évènements a été couverte de cette manière. Ce modèle nous semble donc promis à un bel avenir. Notamment parce qu’elle est davantage scalable que la prestation technique customisée.
Un chiffre clé ?
40% !
C’est le pourcentage moyen de spectateurs qui posent des questions aux intervenants via Balloon. Un niveau de participation sans commune mesure avec une conférence classique durant laquelle il faut lever la main pour réclamer le micro.
Le principal challenge de vos premiers mois ?
Il s’est présenté lorsque notre troisième associé en charge de la partie technique a quitté le projet du jour au lendemain pour accepter un job aux Etats-Unis. Le problème, c’est que l’application était encore en plein développement… L’aventure a failli s’arrêter net.
On a donc cherché un codeur prêt à nous rejoindre à titre amical. Ce fut Guillaume qui, au départ, s’était uniquement engagé à nous donner un coup de main durant l’été 2010 avant d’entamer en septembre son premier CDI qu’il venait de signer chez Atos. Mais heureusement, nous avons réussi à le convaincre de renoncer à cette belle opportunité pour se lancer à fond avec Romain et moi.
La bonne surprise des débuts de Balloon ?
La réaction des entreprises, petites et grandes, lorsque nous leur présentons notre outil. Toutes ou presque trouvent qu’il rend un service vraiment utile. En plus, la perspective de mettre de la techno dans des échanges physiques ne les rebute pas du tout, alors que nous le redoutions un peu.
Et la mauvaise… 
La difficulté pour se faire payer. Nous pensions naïvement que nous n’aurions pas ce genre de problème en traitant avec des multinationales. Malgré nos relances, c’est loin d’être toujours le cas.
Quels sont les moyens financiers à votre disposition ?
Jusqu’à aujourd’hui, nous avons tout fait en autofinancement. Par rapport à d’autres startups, nous avons aussi eu l’avantage de dégager des revenus dès le démarrage grâce à nos ventes de prestations techniques.
Pour l’instant, nous avons décidé de ne pas rechercher de fonds. Le meilleur argent, c’est celui que le client accepte de dépenser !
Où voyez-vous Balloon d’ici quelques années ?
Je ne veux pas me risquer à chiffrer le potentiel de notre idée mais en tout cas les choses démarrent très bien… Le besoin du public d’être entendu est réel et nous sommes convaincus que le service que nous proposons peut devenir un standard dans la plupart des conférences.
En plus, dans la mesure où notre solution ne passe pas inaperçue pendant les évènements, nous avons l’avantage de bénéficier d’une formidable viralité.
Le conseil d’entrepreneur que vous auriez aimé que l’on vous donne avant de créer votre startup ?
Ne pas attendre que son produit soit parfait pour commencer à essayer de le vendre, car il ne sera jamais parfait de toute façon. C’est la fameuse théorie du MVP (minimum viable product) à laquelle je souscris à 100%. Heureusement pour nous, c’est un conseil que nous avions reçu avant de nous lancer.
A mon humble avis… Pour avoir eu l’occasion de tester Balloon durant une session de Start In Paris, je peux témoigner que cette application a une incidence vraiment positive sur le déroulement des conférences. A tel point que j’ai été un peu frustré de voir défiler trop de questions pertinentes pour que les orateurs aient le temps de répondre à toutes.
Autre avantage de cet outil : il évite d’avoir à se coltiner le type qui monopolise le micro pendant 5 minutes pour raconter sa vie peu passionnante alors qu’il était censé poser une question (je suis sûr que vous voyez de quoi je veux parler…)
Certes, Ballon déshumanise quelque peu l’évènement, ce qui doit déplaire à certains. Mais c’est le plus souvent au profit de la pertinence des interventions. Pour ce que j’en ai perçu lors de Start In Paris, l’anonymat a favorisé l’émergence de questions plus variées et plus percutantes qu’en direct.
Ce qui n’est bien sûr pas le cas lorsque la modération conduit les organisateurs à filtrer à outrance. Dans ce cas, Balloon n’a-t-il pas au contraire pour effet de réduire l’interactivité entre le plateau et le public ? Sans doute. Mais si j’avais mauvais esprit, je penserais que cette fonction de filtrage des questions polémiques est l’atout maitre de Balloon pour séduire les grandes boites et les organismes institutionnels…
Elle est là, à mon sens, la force du concept. Pouvoir offrir en une seule solution davantage d’interactivité aux clients qui le souhaitent et une interactivité plus maitrisée à d’autres.
Passons justement au potentiel du business. Le fait que des références comme Google, L’Oréal et le Medef aient déjà passé commande me semble de très bon augure. Si ce genre d’organismes y a vu un intérêt, il n’y a pas de raison que Balloon ne fasse pas son trou. Sympa d’ailleurs de voir une startup qui dégage suffisamment de revenus pour poursuivre son développement sans avoir besoin de lever des fonds dès les premiers mois.
J’attends maintenant vos commentaires. Et vous, que pensez-vous de Balloon ?




Latitude
27 mars 2011 at 18:26
Un concept qui va sans nul doute cartonner au regard de leurs premiers succès effectivement. J’ai moi-même vu l’outil à l’œuvre et c’est assez bluffant. Tout à fait d’accord avec toi, cela permet d’élever le débat!
Enfin, je reste assez choquée de constater que certaines multinationales ont le toupet d’être mauvais payeurs… Comme si s’adresser à une jeune start-up les dédouanerait de les payer rubis sur l’ongle…
SiebmanB
10 avril 2011 at 14:14
C’est un très beau concept. Je leur souhaite bien du succès !