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Paper.li transforme votre Twitter en journal

18 mar

Pour tous ceux qui ont du mal à s’habituer à l’interminable défilé de tweets de leur timeline, Paper.li vaut le détour. Ce nouvel outil gratuit permet d’agréger quotidiennement les contenus partagés par ses ‘’abonnements’’ Twitter (et depuis peu Facebook) sous une forme ressemblant davantage à un journal en ligne. Et ce n’est pas tout. Paper.li est aussi et de plus en plus un moyen de partager (avec qui le veut) son dit journal en ligne. Un réseau social intégré au sein du réseau social Twitter, en quelque sorte. Au vu du succès rencontré par le concept aprèsseulement quelques mois, nul doute qu’il va faire des émules… Interview de l’un de ses fondateurs Edouard Lambelet, rencontré à l’occasion de LeWeb 10.

Bonjour Edouard, quelques mots sur les fondateurs de Paper.li ?

Nous sommes deux serials entrepreneurs. Moi, Edouard Lambelet, diplomé de HEC Lausanne en 1989, j’ai créé MNC en 1999 que j’ai revendu il y a 4 ans à Alcatel Lucent. En résumé, il s’agit du leader dans les services mobiles en mode hébergé. Mon associé, Iskander Pols, diplômé d’un master en télécoms, a notamment travaillé chez AT&T et HP à des postes de direction de business développement.

En une phrase, quelle est la promesse ?

Faciliter la découverte de contenus internet en utilisant les graphes sociaux d’une manière évidente. Un peu à la manière d’un magazine papier, nous permettons à l’internaute d’arrêter son regard sur un article plutôt qu’un autre grâce à une mise en avant des contenus les plus utiles pour lui.

Si vous voulez bénéficier pleinement de ce service et que vous suivez des milliers de personnes, nous recommandons de créer des ‘’papers’’ par thématiques ou par listes plus restreintes de personnes suivies.

Comment est née l’idée?

Elle est née d’une grande difficulté en fait, celle de pouvoir découvrir rapidement les liens recommandés par les gens que je suivais sur Twitter. Quand votre liste de milliers de twitts défile en permanence avec ses url raccourcis, il est très compliqué de choisir ceux sur lesquels vous avez intérêt à cliquer. On a cherché comment faciliter cette tache en permettant à l’utilisateur de notre service de découvrir en trois minutes chaque matin les recommandations de liens les plus pertinentes autour d’un thème préalablement choisi. Cela a commencé par Twitter et on vient d’ajouter Facebook. Avec une différence de taille : sur ce réseau, le journal de recommandations ne sera visible que par vos amis. On a également des demandes allant dans ce sens de gros médias, d’organisateurs d’évènements, d’écoles, etc. qui voudraient utiliser notre service comme page centrale collaborative.

En quelque sorte, il s’agit donc d’un reader intelligent…

Non, Paper.li est beaucoup plus qu’un reader à usage personnel. C’est aussi et de plus en plus un moyen de devenir le propre rédacteur en chef du journal de ses thématiques favorites à faire découvrir à sa communauté. C’est le cas par exemple du paper du célèbre blogueur américain high tech Robert Scoble. Son paper devient une ressource référence de contenus partagés par des gens que Scoble a identifiés comme intéressants et pertinents sur cette thématique.

La plupart des utilisateurs de Paper.li commencent par nous considérer comme un reader « malin » puis irrésistiblement, ils ont envie de faire partager cette sélection à leurs contacts. C’est ainsi qu’ils deviennent des rédacteurs en chef de papers de leurs thématiques favorites. On est donc vraiment dans une logique de social media.

N’est ce pas plutôt Paper.li qui devient rédacteur en chef à ma place ?

Il est exact qu’on en fait une grande partie mais en fonction de vos propres choix de mots clés et/ou de personnes que vous suivez. En outre, cela va évoluer très prochainement puisque vous allez pouvoir amender, influer sur la sélection que nous proposons, prioritiser certaines sources plutôt que d’autres… Cela étant, la plupart des gens cherchent avant tout la simplicité et ils sont donc satisfaits que nous puissions faire un tri pour eux. Cela leur facilite grandement la vie.

La question qui fâche : Qui décide de ce qui est mis en une de mon paper ? Un algorythme censé deviner ce qui va m’intéresser ?

Il y a certes une forme d’automatisation mais j’insiste sur le fait que le ranking des contenus est lui aussi fonction de vos propres choix. Imaginons un paper que vous avez nommé « Inside Job » et qui rassemble uniquement les tweets de vos collègues de travail. Ce que nous mettons à la une de ce paper est calculé en fonction de ce qui s’est passé autour de tel tweet parmi vos collègues. Pour établir ce ranking permettant de lui réserver ou non une mise en avant sur votre paper, nous nous basons sur une vingtaine de critères. Ainsi, nous regardons s’il a été fortement retweeté au sein de votre communauté, « Inside Job », si ce tweet pointe sur un contenu très récent, si ce contenu a lui même été très commenté, etc.

Edouard Lambelet

Quelle est votre cible au sein des utilisateurs de twitter ?

Plus qu’une cible, nous avons un profil type d’utilisateurs. Sans avoir eu le temps d’analyser cela en profondeur, nous constatons qu’il s’agit de gens entre 30 et 50 ans, ayant un niveau d’études supérieur, très ouverts au partage d’information et intéressés par la découverte de contenus (en particulier des blogs) qu’ils ne connaissaient pas.

Nous avons aussi remarqué que ce ne sont pas des geeks, en général. Plutôt des internautes débordés par leur activité et un peu perdus dans ce brouhaha qu’est devenu Twitter.

Existe-t-il des services similaires ?

Nous avons le petit avantage d’être les premiers sur ce créneau mais nous savons que la concurrence est en train d’arriver. C’est logique car « le content curation », c’est à dire l’organisation du contenu, va être le phénomène majeur d’Internet après le web 2.0.

Cela risque d’ailleurs de générer beaucoup de blogs de bloggeurs paresseux qui ont envie d’avoir du contenu sans trop se fatiguer.

Le modèle économique ?

En complément de la monétisation de l’audience par la pub, le modèle va reposer sur un abonnement premium de moins de 10 euros mensuels. Il permettra d’enlever la pub et les liens sponsorisés. Cela sera notamment très apprécié des communautés institutionnelles qui ne veulent pas y voir tout et n’importe quoi. Prenons le cas d’un paper créé par l’UMP auquel peuvent s’abonner ses adhérents. On imagine que ce parti sera prêt à débourser quelques euros pour être assuré qu’aucune pub du PS n’apparaisse…

L’autre intérêt de l’abonnement est de pouvoir remplacer les pubs existantes par les siennes ou celles de son choix. Ce qui permet éventuellement aux créateurs d’un paper d’en faire une source de revenus.

Autre fonctionnalité premium : vous allez pouvoir customiser le back-ground de votre paper comme cela se fait avec Twitter. Il sera aussi possible de le déposer directement sur son blog. Tout cela est encore en test mais c’est très prometteur.

Enfin, il vous sera possible de décider que les contenus de tel utilisateur de twitter soient vedettisés indépendamment de nos critères de ranking. Le plus souvent, il s’agit du contenu du créateur de ce paper. Un peu comme le rédacteur en chef qui se réserve la une de son quotidien pour y placer son édito.

Dans ce genre de modèle freemium, on peut tabler sur 2 à 3% des utilisateurs qui passent en premium. Ce qui représente un très beau potentiel.

Quels sont les moyens financiers à votre disposition?

En plus de notre argent personnel mis dans l’aventure, nous avons été soutenus dès le démarrage par Kima Ventures (le fonds de Xavier Niel et Jérémie Berrebi), ainsi qu’un petit fonds suisse et quelques business angels. Mais l’actualité, c’est notre levée de 2,1 millions de dollars auprès de 3 nouveaux fonds (Highland Capital, Endeavor Vision et SoftBank.) Cette somme sera principalement dédiée au développement à l’international. Notamment pour nous implanter en Californie puis rapidement en Asie.

Le principal challenge de vos débuts ?

La simplicité d’usage a été notre premier défi et il le reste encore aujourd’hui. Nous pourrions tout à fait rajouter des dizaines de fonctionnalités excitantes qui font pouet pouet, mais elles risquent de compliquer l’approche. Or dans la mesure où cette simplicité d’usage est dans l’ADN de Paper.li, nous nous contraignons à réfléchir longuement avant de faire évoluer le service.

Un chiffre clé…

120 000

C’est le nombre de papers créés en moins de six mois. Avec un rythme de création d’environ 1000 par jour depuis début 2011.

La bonne surprise des premiers mois ?

Il y en a une par jour actuellement, c’est de la folie le buzz dont nous bénéficions. La première bonne surprise est intervenue lorsque The Guardian a remplacé – à titre d’expérimentation -  l’une de ses sections par un paper sans rien nous demander. Nous sommes aussi épatés de voir que nous avons de plus en plus de stars qui font la promotion de leurs papers. Cela génère des pics de trafic quasi immédiats.

Et la mauvaise…

Nous avons récemment été hackés et cela a mis notre service down pendant six heures. Savoir que quelqu’un qu’on ne connaît pas et à qui on a rien fait, nous met volontairement des bâtons dans les roues, c’est très désagréable… C’est sans doute lié à de nombreux papers qui tournent autour de wikileaks.

Les ambitions de Paper.li à plus long terme ?

Nous tablons sur plus de dix millions de « publishers » d’ici un an. Au delà de cette échéance, il est impossible de se projeter car le marché est en train d’éclore et on ignore « how big it will be »

Le conseil entrepreneurial à ceux qui hésitent à se lancer ?

Ne pas avoir peu de l’échec. Les capitaux sont là, les associés se trouvent, les collaborations avec d’autres startups sont possibles… Bref, le terreau est magnifique en ce moment. Et au final, qu’est ce que vous risquez si vous échouez ? Pas grand chose, en tout cas au départ. Et lorsque l’affaire grossit, ce sont avant tout les investisseurs qui supportent le risque financier. Donc, je ne vois aucune raison de ne pas y aller.

A mon humble avis… Lorsque j’ai découvert il y a quelques mois qu’un nouvel outil me permettait de recevoir une revue de presse d’une sélection de mes abonnements Twitter, je me suis rué sur Paper.li. Reste qu’une fois passé le waouh effect, je l’ai très vite délaissé. Non pas que j’ai trouvé l’expérience décevante (même si tout n’est pas encore au point au niveau de la sélection automatique des liens mis en vedette…) , mais je préfère finalement fonctionner à l’aide de listes thématiques créées sur Twitter. Le défilé continuel de nouveaux tweets est sans doute moins convivial, mais je m’y suis fait et il me convient bien. En plus, l’aspect temps réel me manque un peu sur Paper.li. Cela dit, il est probable que les utilisateurs moins accros que moi à Twitter y trouvent tout à fait leur compte.

Je suis en revanche plus friand des papers créés par d’autres. Par exemple, je suis abonné à ‘’Stratégie de Présence’’, mis en ligne par l’experte en personnal branding Fadhila Brahimi. J’aime assez cette idée de confier aux spécialistes d’un sujet le soin de sélectionner à ma place les personnes qui méritent d’être mises en avant. Si ce n’est que là encore, certains liens se retrouvent bien positionnés alors qu’ils n’ont aucun rapport avec la thématique du paper (exemple : un article sur le recrutement de civils au sein de la police nationale dans le paper « personal branding » du 11 février). On touche là aux limites de la curation en mode automatisé…

D’un point de vue purement business, cette fameuse curation ayant certainement de très beaux jours devant eux, Paper.li fait très fort en s’intégrant aussi naturellement au poids lourd en devenir qu’est Twitter. Son potentiel me semble très élevé.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Utilisez-vous quotidiennement Paper.li ? Avez-vous eu tendance comme moi à le délaisser au bout de quelque temps ? Etes-vous abonnés à de nombreux papers ? J’attends vos commentaires.

 

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  1. SiebmanB

    21 mai 2011 at 16:22

    Le concept est remonté dans mon estime grâce à ton article ! Je trouve que les papers privés (créés par des anonymes) n’ont pas d’intérêts. En revanche, des papers thématiques créés par des organismes me semblent plus pertinents…